Réfléchir aux perspectives de travail autour de la programmation de la saison culturelle châtelleraudaise, c'est envisager un projet artistique, culturel et pédagogique dynamique, stimulé par la restructuration de la politique culturelle communautaire, et assurer une nouvelle impulsion. Il convient aujourd'hui de viser un taux de remplissage plus important sur la programmation professionnelle, d'où un important travail de médiation, de communication et de confiance, à destination de toutes les tranches d'âge et de toutes les catégories socio-professionnelles.

Ces orientations contribueront à l'élaboration d'un projet d'établissement entre les partenaires publics, la Communauté d'Agglomération du Pays Châtelleraudais et l'établissement public, définissant précisément objectifs et moyens, et entrant en nécessaire complémentarité avec les autres équipements et projets de l'agglomération, en fonction du contexte historique, sociologique et démographique propre à Châtellerault, et de l'évolution rapide des publics.

Mon ambition, née d'une réelle passion, d'une grande exigence pour les arts vivants et d'un fort sens du service public, est de faire des Trois Théâtres, des lieux de vie, de travail et d'expérimentation artistique selon trois directions :

  • pluridisciplinaire : l'établissement public promeut une programmation de saison forte, professionnelle et diversifiée, qui met en valeur le théâtre sous toutes ses formes et envisage le jeune public comme un vrai public ;
  • médiatrice : l'établissement public s'adresse au plus grand nombre, et notamment aux jeunes générations ;
  • organisationnelle : respect de l'équipe en place, du budget, de la réglementation, effort nouveau en communication, relations suivies avec les tutelles.

Penser une saison comme une dramaturgie de propositions plutôt qu'une collection de spectacles variés

Principale institution de diffusion et de création de Châtellerault, l'établissement public se doit de proposer une programmation généraliste présentant, plus encore que dans de grandes villes où coexistent plusieurs structures de diffusion, l'ensemble des disciplines du spectacle vivant. J'en ferai une exigence, mixant les publics, ne m'empêchant pas de procéder à des choix forts, notamment dans le domaine du théâtre – sous toutes ses formes – que je compte privilégier.

Ces choix donneront priorité à la création contemporaine sans négliger la nécessaire redécouverte du répertoire. L'objectif pourrait être d'ici deux à trois ans d'obtenir le label de scène conventionnée, par exemple sur la thématique " Nouveaux regards ". Programmateur de théâtre de rue, je suis fasciné par la grande diversité des esthétiques et des formats de spectacles et la jeunesse des créateurs. Au cœur de l'espace public, au plus proche des populations, la multiplication des compagnies et des événements témoigne de la vitalité d'un secteur qui bénéficie d'un véritable engouement de la part du public. La question de la saisonnalité des arts de la rue, au-delà des festivals d'été, me conduit à promouvoir leur visibilité tout au long de l'année, en lien avec le Centre National des Arts de la Rue de Poitou-Charentes. Les Nouveaux Regards sont aussi des points de vue décalés sur le répertoire ou le monde tel que nous essayons de le comprendre dans sa contemporanéité.

Ma position a toujours été de me placer du coté du public, de son plaisir, mais aussi du nécessaire effet de surprise et de curiosité à lui apporter. Je fais le pari d'une orientation artistique forte, garante d'une solide implantation : celui de l'intelligence du public, de sa capacité à être ému sans cesser d'être interrogé ou bousculé, d'être contredit sans être offusqué, d'être heureux. Je chercherai à inventer des correspondances thématiques, à décaler les clivages entre genres "nobles" et "populaires", à développer la curiosité et le désir, sans jamais perdre le fil de l'échange avec le public.


Soutenir la création et favoriser une présence artistique sur le territoire  

Une politique simple de résidence établira des relations privilégiées avec une compagnie associée durant deux ans qui développera des actions en synergie avec le territoire. Il s'agira d'une résidence-association : une collaboration entre l'établissement public et une équipe artistique qui implique un investissement réciproque. Travailler avec ces compagnies sur des projets " maison " pourra enrichir de leurs couleurs une saison, devenir comme un fil rouge, y-compris hors-les-murs.


Construire une saison en partenariat et contribuer au développement culturel du Pays Châtelleraudais et de Poitou-Charentes   

Le projet artistique de la saison sera construit en harmonie avec l'ensemble des initiatives culturelles du territoire. Il s'agit de coopérer avec les territoires voisins du département et de la région (programmations complémentaires, notamment avec le réseau G19, échanges avec d'autres théâtres comme la scène conventionnée de Thouars ou le théâtre de Saumur, mise en communs de moyens, attention à la création et à l'emploi culturel régional…). Sans uniformiser les programmations, il s'agit de poursuivre l'effort d'aménagement culturel du territoire pour favoriser l'échange de publics et la circulation des œuvres. Il s'agit aussi de réfléchir ensemble aux rythmes de programmation, ou aux difficultés communes rencontrées.

Au niveau communautaire, je privilégierai le développement de relations et projets avec le Conservatoire à rayonnement départemental Clément Janequin, permettant la rencontre des élèves avec la création et les artistes. Un effort similaire pourra être consenti avec l'École d'arts plastiques : accueillir un spectacle visuel pourra être l'occasion d'échanges (ateliers de pratiques artistiques à destination des spectateurs, intervention des artistes dans l'école d'art…). Le réseau des bibliothèques est le lieu naturel des lectures en lien avec les spectacles accueillis, tandis que le musée Auto Moto Vélo pourra être sollicité ponctuellement.

Une ouverture plus grande aux pratiques amateurs et associatives locales, gage de la pleine insertion de l'établissement public dans son territoire, sera appliquée dans le cadre de la saison. Les théâtres seront entièrement mis à disposition des associations, dans le cadre d'un label de saison, 2 à 3 fois par an, avec un accueil identique à celui de compagnies ou ensembles professionnels, sans risque financier pour l'association. Les associations seront également consultées pour la programmation. Des projections de cinéma, complémentaires à la saison, pourront être diffusées dans le cadre du label art et essai. Un lien fort et particulier sera créé avec l'Ecole Nationale de Cirque de Châtellerault autour de la programmation circassienne.
 

L'action culturelle  

Une programmation n'est pas seulement un art d'accommoder la diversité des propositions, l'alternance de " têtes d'affiches ", spectacle " découverte " et " classiques ", mais un acte construit sur une saison avec des liens qui doivent être énoncés dans le document de saison et retissés tout au long de l'année. La mémoire du public n'est pas seulement faite d'impressions mais se construit à travers des échanges, des lectures ou des rencontres. Créer du remous autour de la programmation, provoquer des retours, des discussions…, c'est participer de l'attractivité du théâtre.

L'action culturelle n'est pas une simple boîte à tiroirs comportant ateliers, débats, rencontres avec des artistes, spectacles hors les murs, ni ne vise le seul remplissage des salles. Pensée inévitablement en même temps que la programmation, elle la propage sous diverses formes au sein de la population, et non pas du seul public fidélisé. Action culturelle associant les artistes, notamment avec les artistes en résidence, éducation artistique, notamment en direction des établissements scolaires et d'enseignements artistiques, politique tarifaire (abonnement 3 spectacles à 36€, place - de 26 ans et demandeurs d'emploi à 6€), mise en place de transports collectifs, les " Poursuites " c'est à dire les rencontres après spectacles, conférences préparatoires aux spectacles, expositions, rencontres décentralisées d'information, spectacles et activités hors les murs seront les ingrédients d'une politique de publics active.


Une saison jeune public : l'école du spectateur

Le jeune public n'étant pas un genre esthétique mais bien une catégorie de public, la programmation qui lui sera dédiée obéira aux règles qui prévalent pour la programmation "tout public" : pluridisciplinarité, qualité et exigence artistique. Si l'enfant est le spectateur de demain, il est d'abord un spectateur d'aujourd'hui. Il convient ainsi de lui faire découvrir la diversité de la création, éprouver ses émotions, enrichir son vocabulaire, développer sa sensibilité, aiguiser son sens critique. À Châtellerault, à terme, chaque spectacle fera l'objet de plusieurs représentations : une pour permettre aux enfants et leurs parents de vivre ensemble un moment fort de découverte, et d'autres sur le temps scolaire pour faciliter la venue d'enfants en groupe (établissements scolaires, IME, CSC, accueils de loisirs…).

Outre un esprit de dialogue, l'accueil sera, pour les individuels, un programme imprimé spécial, ludique et coloré, comme un prolongement du spectacle, sous formes d'activités, jeux et bricolages, dont une carte postale pour témoigner du spectacle vu. Si c'est un groupe, un dossier pédagogique sera disponible en amont, et il sera reçu par le service des publics avant la représentation, afin de donner les codes d'une salle de spectacles.

Les écoles maternelles et primaires de tout le territoire pourront signer une " convention de jumelage ", avec pour chaque cycle (2 et 3) un programme spécifique de deux spectacles. Pour préparer les enseignants, des dossiers pédagogiques seront fournis. Chaque classe devra ensuite donner un rendu critique du spectacle sous forme de dessins, discussions… L'enseignant sollicitera ses élèves pour recueillir leur avis en essayant de dépasser le simple " j'aime/je n'aime pas " et expliquer pourquoi. Une intervention artistique est également prévue au cours de l'année, toujours dans le but de développer l'imaginaire. Outre l'utilisation de toutes les possibilités qu'offrent les procédures partenariales avec l'Education nationale, des formations à l'usage des enseignants et des médiateurs seront prévues. Le fil rouge sera " transmettre ".

Pour les collégiens et lycéens, un véritable " Parcours Théâtral " sera mis en place, qui permettra à la fois de faciliter l'accès des élèves aux spectacles, de les sensibiliser au théâtre classique et contemporain et à son processus de création, de favoriser les rencontres avec les artistes, et d'articuler les programmes scolaires avec l'éducation artistique et culturelle.

Deux trios de spectacles, articulés autour d'un thème, constituent une formule adaptée au niveau des élèves, leur donnant accès à des créations et les moyens de comparer les répertoires classique et contemporain. Les enseignants sensibilisent à l'avance les élèves grâce aux supports pédagogiques proposés par le service des publics. Après une courte préparation à la représentation, les élèves assistent aux spectacles, répartis sur toute l'année scolaire, en soirée, sur les séances " tout public ". Cette donnée est essentielle car c'est l'un des partis pris du Parcours : les élèves ne sont plus considérés comme de simples scolaires, mais bien comme des spectateurs à part entière, avec des goûts artistiques et un sens critique. Ils ne sont donc pas asservis à des séances scolaires et découvrent les conditions réelles d'un théâtre (le "quota" de scolaires par représentation sera fixé à un tiers maximum pour reproduire les conditions de mixité du public).

Une rencontre avec les équipes artistiques est forcément prévue à l'issue des représentations. Dans les jours qui suivent le spectacle, les adolescents rédigent une critique constructive adressée au service des publics. En parallèle, des formations sont proposées aux professeurs pour leur donner une première approche (mise en scène, personnage, décors…) à travers des ateliers facilement réutilisables en cours. Une présentation de ce dispositif en début d'année dans les classes permettra aux élèves et/ou enseignants de mieux comprendre l'ampleur du dispositif. Une ouverture sur les aspects techniques sera réalisée grâce à la visite des théâtres suivie d'une rencontre avec le régisseur général. Les élèves seront parallèlement impliqués, responsabilisés et investis dans ce Parcours, car, pour chaque spectacle, une intervention/atelier de l'équipe artistique sera organisée au sein des classes. Elle traitera des choix artistiques et des thèmes abordés dans les pièces. Véritable projet de classe, le Parcours Théâtral renforce les actions de médiation, créant ainsi une circulation plus fluide entre la salle de spectacle et la salle de classe.

Les élèves, en venant dans les théâtres, découvrent l'univers des artistes. Et lors des rencontres organisées, c'est au tour des équipes artistiques d'entrer dans le monde des élèves. Autant que la qualité, la proximité est une valeur à défendre pour sensibiliser et toucher ces spectateurs au cœur …


L'envers du décor pour tous

Des visites du Théâtre Blossac seront organisées toute l'année sur simple demande. Sur mesure, elles sont proposées à un public scolaire (de la maternelle au lycée) mais peuvent également s'adapter à tous les publics (personnes individuelles, associations, comités d'entreprises…). De la découverte de l'historique du théâtre à l'italienne à la compréhension de sa machinerie scénique en passant par les étapes de travaux de rénovation, les différents aspects du théâtre sont évoqués et les espaces ouverts pour l'occasion.

La présentation de saison sera dédoublée et décentralisée dans les communes de l'agglomération, et, à la demande, dans les associations, les comités d'entreprises, ou pour des groupes chez des particuliers.

Jérôme MONTCHAL
Directeur des 3T-Théâtres de Châtellerault