Le Festin - Cie Anne-Laure Liégeois

Est lancé comme mot d'ordre à la saison : “en attendant de faire société” ... Un défi.

Je pense : faire les courses faire de la politique faire des excuses faire salon faire des crêpes faire du style faire peur faire feu de tout bois faire coucou faire la course faire court faire du théâtre faire l'Afrique à vélo faire le lit faire des kilomètres faire des pompes (l'union) faire la force faire chevalier (de la légion d'honneur) faire le plein faire le con faire les carreaux faire moche faire les poubelles faire du tennis faire pipicacapopo faire démodé faire de la philosophie faire fort faire le grand écart faire des études faire ridicule (en) faire un cake (en) faire une pendule faire une dépression faire forte impression faire riche faire du lard faire du tricot faire partie faire bien faire long feu faire crac crac faire lien et maintenant : faire société...
Non, je dois mettre de côté mon obsession des termes. “Faire société” n'est ni stylistiquement ni grammaticalement satisfaisant. Et est intellectuellement perturbant. Je tente de comprendre : “Faire société” renvoie au contrat social, non ? Je m'accroche à Rousseau : “La vie en société résulte d'un contrat social, c'est-à-dire un accord de volonté qui engage des individus, par nature indépendants, libres et égaux, qui forment un ensemble politique - la nation - et acceptent de se soumettre au pouvoir collectif. Ce pouvoir ne doit léser aucun de ses membres”. Indépendants, libres et égaux, nation, pouvoir collectif, ne doit léser aucun. Est-ce que l'abandon de la mission de paix et de solidarité de la nation n'a pas conduit, depuis plusieurs années, à une déchirure sociale rendant impossible tout nouveau contrat social ? On fait comment pour “faire société” dans un pays traversé
par toutes ces inégalités ? Et “faire société” avec le monde avec un grand M, on fait comment ?
Elle est où notre vision solidaire de l'humanité ? Les droits de l'Homme, base constituante de cette chose qui pourrait “faire société”, ils sont respectés où ? Bon, là, je sens qu'on va dire que je ne fais aucun effort. Et que, si je n'ai qu'à dire que “faire” ne rime à rien et que “la société” je ne sais plus ce que c'est, et que même : je crois que le théâtre n'est plus assez fort pour reconstituer un monde,
je ferai mieux de ne pas tenter d'aligner des mots.
Me reste “en attendant”. Là, là je pense à Godot : se retrouver et attendre ensemble, une notion qu'on ne connaît pas. Le Godot c'est ici, notre “faire société” ? C'est par les premiers mots du défi que j'aurais dû commencer ! “Faisons quelque chose, pendant que l'occasion se présente ! À cet endroit, en ce moment, l'humanité c'est nous, que ça nous plaise ou non. Profitons-en, avant qu'il soit trop tard. Représentons dignement pour une fois l'engeance où le malheur nous a fourrés”.
C'était ça : il fallait lire Godot !
”.
 


Anne-Laure Liégeois

Metteure en scène, Anne-Laure Liégeois signe aussi la scénographie et les costumes de la plupart de ses spectacles. Elle s’intéresse particulièrement dans ses créations au thème du pouvoir et du jeu des corps, et tisse dans chaque spectacle un lien privilégié avec la peinture et le cinéma. En 2017, elle a été programmée dans le festival In d’Avignon. Les 3T diffusent cette année une grande soirée théâtrale Entreprise.

Le Festin–Cie Anne-Laure Liégeois est soutenue par la Direction Régionale des Affaires Culturelles d'Île-de-France– Ministère de la Culture (Cie à rayonnement national et international). Anne-Laure Liégeois est artiste associée à la Maison de la Culture d'Amiens, au Cratère Scène nationale d'Alès et aux 3T-Scène conventionnée de Châtellerault.
www.lefestin.org

Studio monstre - Mathilde Souchaud

En observant les différentes colères qui se manifestent en France aujourd'hui, en partageant parfois nous-mêmes ces indignations, en ayant conscience des enjeux essentiels et des questionnements profonds que ces mouvements soulèvent sur la nature de la société telle que nous l'expérimentons, telle que nous la souhaiterions, nous en venons parfois à nous demander, au sein même de Studio monstre : pourquoi le théâtre ? Pourquoi aller au théâtre, pourquoi faire du théâtre, alors que se manifeste l'urgence de remettre en question, sans attendre et tout à fait concrètement, la façon dont nous vivons ensemble sur cette planète.

Je parlerai ici de mon expérience de spectatrice justement, qui plus forte que ma pratique même, m'a fait découvrir des horizons insoupçonnés de mon imaginaire. Venir au théâtre pour y écouter des histoires (que celles-ci me plaisent ou non), voir des acteurs, en chair et en os, interpréter une multitude de personnages ou d'idées, en rire, m'ennuyer, commenter l'action avec ma voisine, ne pas tout comprendre, être surprise et émue, être mal assise, découvrir de nouveaux mots, de nouveaux pays, de nouveaux langages, sont autant de sentiments et de sensations qui me permettent de me mettre à la place des autres. Au théâtre, cela devient un plaisir d'adopter - ne serait-ce que pour une heure - un point de vue opposé au sien, de prendre le temps de se faire son opinion, de se forger des arguments plus solides, parfois de changer d'avis, et surtout d'avoir le droit de ne pas savoir.

Être spectateur, c'est avoir le privilège et la belle liberté de remettre en cause toutes les règles, toutes les évidences. Quel outil plus essentiel peut-on souhaiter détenir pour imaginer et fonder une nouvelle société ?”.

Studio monstre a été fondée en 2016 par Théophile Sclavis, comédien et Mathilde Souchaud, metteure en scène et directrice artistique. Au sein de la compagnie, nous avons à coeur de mener en parallèle trois types de projets : créations pour les théâtres (Love & money), spectacles “hors-les-murs” conçus pour des lieux a-théâtraux (Mon bras à découvrir cette saison), projets artistiques et culturels avec les habitants d’un territoire (depuis trois ans déjà sur le territoire du Grand Châtellerault). Ces projets sont complémentaires dans la démarche de la compagnie car ils bousculent sans cesse les méthodes de travail et poussent à inventer de nouvelles façons de transmettre. Nous sommes non seulement heureux mais surtout fiers de poursuivre cette collaboration pour deux nouvelles années qui promettent d’être riches et joyeuses. Nous n’avons qu’une hâte : vous retrouver au plus vite, échanger et partager !

Retrouvez la compagnie cette saison avec la création Alice ou le voyage intérieur et Modeste proposition. 

Studio monstre bénéficie du dispositif d’aide à la création et à l’éducation artistique et culturelle de la DRAC Nouvelle-Aquitaine avec Scènes de Territoire-Agglo2B (Agglomération du Bocage Bressuirais), Les 3T-Scène conventionnée de Châtellerault et le Théâtre de Thouars-Scène conventionnée.

studiomonstreadm.wixsite.com/studiomonstre